Réjean Brouillard

Réjean Brouillard sait parler dindon, et pour cause. Cet éleveur de la Montérégie cumule de nombreuses années d’expérience et une connaissance approfondie de ses oiseaux. Un savoir qui lui a permis de développer un marché de niche.

Paroles d’expert

Son père lui a transmis un élevage plein de promesses que Réjean Brouillard s’apprête à relayer à son tour à ses deux fils Francis et Pierre-Luc. L’élevage de dindon est affaire de générations chez les Brouillard dont la ferme de Sainte-Hélène-de-Bagot, à mi-chemin entre Saint-Hyacinthe et Drummondville, semble existé depuis toujours. « Mon arrière-grand-père avait acheté la terre en 1888. Mes deux garçons sont la cinquième génération sur cette même terre, » raconte Réjean.

Cette ferme, comme bien d’autres de cette époque, servait d’abord à nourrir la famille et faisait côtoyer les élevages aussi bien de vaches et de cochons que de poules. Lorsque le père de Réjean a repris la ferme, la production laitière occupait alors le premier plan. « Mon père n’aimait pas vraiment le laitier. Il a commencé à faire de petits lots de dindes dans une ancienne volière en 1952 pour ensuite se lancer dans la production et construire son premier poulailler en 1955. Il a toujours aimé l’innovation et les défis. Il a essayé plusieurs choses dans sa vie avant de se lancer dans la production de dindon lourd et léger. » Ils ont travaillé dure les premières années. L’élevage de dindon mâle de 14 à 15 kg pouvait encore se faire à l’extérieur avant que les abattoirs y mettent le holà. « Et maintenant ça revient avec les dindes biologiques, » mentionne en riant Réjean.

Avec le passage des années, deux des sept enfants ont succédé au père, confirmant du même coup leur intérêt pour l’élevage de dindon. D’abord Michel, son frère, partenaire dans l’entreprise R. Brouillard et fils inc. fondée en 1976, puis Réjean qui s’est joint à l’aventure en 1984. « J’ai ensuite racheté les parts de mon frère en 2012, et maintenant mes deux garçons sont mes associés. C’est un beau cadeau de la vie la relève, » relate fièrement Réjean qui poursuit en mentionnant qu’aussi bien Francis que Pierre-Luc y trouvent leur compte en optant pour les activités qui les intéressent que ce soit les terres, le transport, la moulée ou la gestion des bâtiments. « Ce sont mes garçons qui s’occupent maintenant des tournées matinales et de tout. Je travaille surtout à la gestion, mais quand il y a un problème ce n’est pas long que le téléphone sonne, » dit-il en avouant tout de même qu’il s’ennuie un peu de ses poulaillers.

Réjean a hérité de son père son goût pour l’innovation et pour les défis et de son frère Michel l’audace de rechercher et de gagner une clientèle très nichée. « On trouve très peu de producteurs de dindon indépendants au Québec. Je ne fournis que des petits marchés : la Ferme des Voltigeurs, l’abattoir Volailles Marvid et bien d’autres et je produis aussi des dindes casher et halal. » Réjean conclut même des ententes avec d’autres producteurs afin de répondre à la demande qui peut atteindre jusqu’à 180 000 dindes par année. Le développement de ces marchés a commencé tout doucement, il y a plus de trente ans. « Au milieu des années 80, on allait livrer 75 à 80 dindes par deux semaines et aujourd’hui, on en livre 2 à 3 000 par semaine. »

Cette clientèle très exigeante ne demande pas moins qu’une dinde parfaite, grasse, mais non huileuse. « Nous avons développé une dinde végétale, nourrie avec une moulée sans sous-produit animal, la première à être certifiée au Canada. Nous élevons uniquement des femelles parce que nous faisons affaire avec de petits abattoirs qui n’ont pas de gros équipements. » Ces petits marchés comptent aussi sur les découpes, très prisées pour satisfaire les attentes des familles moins nombreuses qui cherchent des solutions rapides à la préparation des repas. « La demande s’en va vers ça, » soutient l’éleveur qui surveille cette tendance depuis des années et qui travaille constamment à l’amélioration de son produit réputé pour sa chair tendre et juteuse. « On travaille fort à développer le marché, mais c’est dur de faire manger de la dinde aux Québécois. Il faut modifier les habitudes alimentaires. » Si la sécheresse de la dinde peut être un sujet épineux pour les éleveurs de dindon, Réjean y a peut-être trouvé réponse. « Souvent les grandes chaînes achètent des dindes plus jeunes de 5 ou 6 kilos qui n’ont pas eu le temps de faire leur gras. La dinde est beaucoup plus sèche. Quand on garde nos oiseaux un peu plus longtemps, elle a le temps de développer ses graisses. »

Ses connaissances, Réjean les a apprises sur la ferme. « Je suis venu au monde là-dedans et j’ai toujours eu l’agriculture dans le sang. J’ai appris de mes erreurs et des erreurs de mes parents. » L’observation attentive des oiseaux demeure la clé de sa réussite. Étudier de près le comportant des dindes qui sont élevées en liberté à l’intérieur des bâtiments, contrôler la température et la ventilation, s’assurer de la qualité de la moulée et de l’eau sont des essentiels. Il compte aussi sur les services d’une nutritionniste pour obtenir le meilleur taux de conversion et d’énergie pour sa race de dindon selon les étapes de croissance. « On n’utilise presque plus d’antibiotiques. On cherche à aller vers un élevage le plus naturel possible. On travaille avec des vitamines naturelles, des huiles essentielles. » Réjean confirme qu’une régie soutenue est gage de confort pour les oiseaux dont le comportement peut varier selon les lots. « Pour la dinde, contrairement au poulet, les démarrages sont plus capricieux. Il faut les encadrer. Les dindonneaux sont très sensibles aux changements de température. Il faut que cette dernière soit constante dans tout le bâtiment. » Ces bêtes sont aussi sensibles à la lumière puisque des levées et des couchers de soleil sont programmés dans les bâtiments pour réduire leur stress! « Quand on peut rencontrer les gens et leur montrer comment un élevage fonctionne, ils comprennent que dans la province, on est loin des oiseaux maltraités. »

Au cours des années, Réjean a multiplié les contacts et solidifié son réseau qui couvre le Québec de la Montérégie jusqu’à la Capitale nationale en passant par Montréal pour livrer ses dindes fraîches. Il demeure toutefois très attaché à son coin de pays où il travaille aussi comme pompier volontaire et comme bénévole. « On cultive le maïs et le soya pour la moulée de croissance et de finition, mais on achète aussi tout le long de la saison des grains de producteurs locaux et d’entreprises de la région pour les encourager. »

Les éleveurs comme Réjean Brouillard doivent aujourd’hui se montrer de plus en plus polyvalents et autonomes et devenir efficaces pour mieux performer. Ce qui ne l’empêche pas de faire appel aux divers corps de métier et fournisseurs de sa région pour lui prêter main-forte. « J’aime travailler avec les gens localement. » Le plombier, l’électricien, le comptoir de produits de l’érable du coin, les agriculteurs de la région qui utilisent la fiente de ses oiseaux pour engraisser les champs et cultiver les fruits et légumes, la coopérative de matériaux et tant d’autres forment un large réseau que Réjean se plaît à soutenir et à encourager.

La retraite est loin d’avoir sonné pour cet homme jovial au rire communicatif qui bien que très impliqué dans sa communauté, aime aussi cultiver les contacts avec ses confrères éleveurs de dinde. « Depuis la COVID, on se rencontre moins, mais c’est le fun d’échanger avec d’autres producteurs ou des entreprises qui vendent de l’équipement pour parler de techniques ou de nouveaux produits. » Celui dont les dindes se retrouvent jusque dans l’Ouest canadien a encore de nombreux projets en tête, de nouveaux marchés à développer, et veut rester encore et toujours au fait des dernières innovations, des plus récentes technologies… un vrai Brouillard.

Derniéres

C’est dans une vallée de Charlevoix, plusieurs dizaines de kilomètres passés Baie-St-Paul, que nous accueille la famille Duchesne, Bernard,…
La Fraisière Sylvie et Gilles Arsenault d’Acton Vale ne produit plus de fraises, mais on y récolte les fruits…
Vous devez utiliser un navigateur moderne pour consulter ce site Internet. Téléchargez Microsoft Edge ou Google Chrome gratuitement.