Samuel Bertrand, 29 ans à peine, sait déjà balancer les dessus et les dessous de la volaille. Avec l’aide de sa mère Suzanne Laplante, il gère Saveurs des Monts, une entreprise familiale qui mise sur l’approche de A à Z : depuis l’élevage et la transformation des poulets et des dindons jusqu’à la commercialisation et la vente… De la haute voltige!
Sur toute la ligne
Les parents de Samuel, Sylvain Bertrand et Suzanne Laplante, avaient plus d’une idée en tête lorsqu’en 2000, ils achètent la Ferme GG et fille située à Val-des-Monts. « Mon père est natif de Châteauguay. Il a fait son cours en agronomie à l’Université McGill avant de se déplacer en Outaouais où il est devenu conseiller en semences… et où il a rencontré ma mère. Puis, il a poursuivi ses études à l’Université Laval et est devenu agroéconomiste et conseiller en gestion agricole, raconte Samuel Bertrand. J’avais cinq ans quand mes parents ont acheté la ferme et mon père, qui avait alors 39 ans, nous a consultés pour nous faire connaître l’ampleur de son projet. » Sylvain Bertrand avait, effectivement, une vision à grande échelle pour cette ferme située tout près de la frontière ontarienne. Si le secteur laitier a d’abord attiré son attention, il s’est rapidement concentré sur la volaille… sans vraiment y connaître grand-chose. Aidé par Ginette Lafleur, l’ancienne propriétaire, qui lui donnera un premier coup de main, il construira tout doucement sa petite entreprise. « Les anciens propriétaires vendaient déjà des lots de 300 à 500 poulets à une liste de clients de la région qu’ils contactaient par téléphone. On a commencé comme ça, avec des réfrigérateurs et une caisse enregistreuse dans le garage », explique Samuel tout en mentionnant que son père avait immédiatement reconnu l’immense potentiel de cette ferme et de son emplacement. « Nous sommes à 10 minutes du centre-ville de Gatineau et à 15 minutes du centre-ville d’Ottawa. Le bassin de population est assez important, et mon père a saisi l’occasion », soutient le jeune aviculteur. En 2005, un deuxième poulailler s’ajoutera au premier déjà sur place. La boucherie, la cuisine et la boutique à la ferme suivront en 2007. Puis, s’ajouteront en 2017 la production d’œufs Coco Locaux et l’achat de nouvelles terres à Gatineau. L’entreprise est sur sa lancée et compte déjà sur une clientèle qui ne fait qu’augmenter d’année en année.
Le décès prématuré de Sylvain Bertrand en 2023 créera une onde de choc. « Mon père était à sa dernière année à temps plein. Il voulait commencer une préretraite et voyager avec ma mère, raconte Samuel qui depuis dirige l’entreprise familiale. Le transfert de responsabilité avait été entamé, mais il est certain que je pensais l’avoir comme mentor encore pour cinq ans. »
L’heure de la relève sonne
« Depuis que nous avons l’âge de travailler, mon frère Élie et moi avons été impliqués dans les tâches à la ferme afin de comprendre ce qu’est ce métier », fait remarquer Samuel. Si Élie, après cinq ans à temps plein, a décidé d’emprunter une autre voie qui convenait mieux à son tempérament (tout en continuant à aider dans l’entreprise familiale), Samuel, lui, n’a pas hésité à suivre les traces de ses parents. « Très jeune, je savais que c’était ce que je voulais faire. » Bien qu’il ait continuellement travaillé pour l’entreprise de ses parents durant sa jeunesse, Samuel mentionne combien son père a insisté pour qu’il acquière de l’expérience auprès d’autres patrons. Il rejoindra l’entreprise familiale à temps plein ses études en gestion agricole au campus d’Alfred de l’Université de Guelph terminées.
L’approche du guichet unique était déjà bien implantée quand Samuel a pris la relève. « Je me souviens qu’au début, mon père louait des salles de découpe à l’abattoir Charron et avec notre équipe de bouchers, on découpait de nuit. On emballait le tout et on livrait les produits frais dans quelques points de vente en ville. C’est ensuite qu’est venu le centre de transformation avec une boucherie C1, une cuisine pour transformer nos produits, le tout jumelé à une petite boutique sur place. »
S’inscrire dans la continuité… et plus
Samuel Bertrand qui partage la même vision que son père poursuit son œuvre en y ajoutant sa touche personnelle. Aujourd’hui, aux Saveurs des Monts c’est : 30 000 poulets et 2 000 dindons produits annuellement ainsi que 1 500 poules pondeuses, tous élevés sans aucun antibiotique (l’avantage de se trouver dans une région où il y a peu d’éleveurs et de travailler en amont en prévention, confie Samuel).
La boutique propose une variété de coupes de volailles, des saucisses et des mets préparés ainsi que du bœuf, du porc et de l’agneau d’autres producteurs de la région. On peut aussi cueillir des fraises et acheter du maïs en saison, ou alors se laisser séduire par la beauté des champs de tournesols. « Environ 30 % de nos ventes sont faites sur place, dans les marchés publics et en ligne, le reste est vendu dans des épiceries et des boucheries de l’Outaouais toutes les semaines. » Samuel avoue qu’élever des poulets ne représente plus un défi pour lui. À l’heure actuelle, sa plus grande charge de travail consiste à les transformer, à faire connaître ses produits et à les vendre.
« L’attrapage, l’abattage, la découpe, la préparation avec les épices et les marinades, la cuisson et enfin de trouver quelqu’un qui veut bien acheter le produit, c’est ça qui demande beaucoup de temps. » Car encore faut-il que l’offre plaise à la clientèle.
À l’affût des attentes du consommateur
Avec sa boutique et ses visites fréquentes dans les marchés publics régionaux, Samuel Bertrand peut, contrairement à la plupart des éleveurs, approcher ses clients. « Quand je vais au marché à Wakefield avec ma collègue Gwen, par exemple, le contact est direct. Il faut savoir écouter les bons commentaires comme ceux qui sont, je ne dirais pas négatifs, mais constructifs. C’est une fierté de voir les gens revenir, de savoir qu’un client qui en début de saison demandait que des renseignements est devenu un habitué et de l’entendre dire qu’il n’achète plus que nos produits. »
Samuel se sait solidement appuyé par sa mère, Suzanne, conseillère aux ressources humaines préretraitée, qui l’aide dans ses prises de décisions, avec le service à la clientèle et lors des embauches de travailleurs étrangers, par son frère Élie, technicien mécanique et plombier à temps plein, qui se transforme en aviculteur suppléant quand il a besoin de vacances, par sa conjointe Marie-Ève Lebrun qui le supporte et le soutient, ainsi que par toute l’équipe multidisciplinaire des Saveurs des Monts.
« Au début, quand j’ai pris les rênes de l’entreprise, je me disais on va ouvrir la machine, on va produire plus de poulets et construire de nouveaux bâtiments, mais après avoir fait mes devoirs, regardé le programme de quota de la relève, les coûts de construction des poulaillers… Je me suis rendu compte que cette vision n’était pas rentable. Aujourd’hui, ce que je cherche c’est de faire mieux avec ce que nous avons. » Il a dans sa mire de capitaliser sur la visibilité d’une ferme achetée en 2017 à cinq minutes de Gatineau, aux abords de l’autoroute 50, de faire plus de ventes directement aux consommateurs, de travailler conjointement avec des producteurs locaux et d’accroître la production d’œufs.
Même si son apprentissage s’est fait un peu plus rapidement qu’il ne l’aurait voulu, Samuel Bertrand sait apprécier les beautés de cette entreprise que son père a laissée en héritage. « Pour moi ce métier c’est une nouvelle aventure chaque jour. C’est aussi la possibilité de voir, concrètement, les efforts mis dans l’entreprise depuis le jour 1 jusqu’au résultat final. Il n’y a rien de plus satisfaisant que d’entendre un client nous dire qu’il aime nos produits et qu’il les consomme tous les jours. Aux Saveurs des Monts, on le voit sur toute la ligne. »