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Jean Lambert

Quand la ferme devient laboratoire

Bilans carbone, analyse de fumier, entretien des pâturages… Jean Lambert propriétaire de la Ferme Bovicole à Saint-Nicolas (fusionné à la ville de Lévis) s’intéresse depuis des années à tout ce qui concerne les changements climatiques et l’émission de gaz à effet de serre.

Pour glaner un maximum d’informations et de conseils, cet éleveur de bouvillons et de poulets de chair mise sur la formule apprendre-comprendre-expérimenter. Il n’a donc pas hésité une seconde à s’inscrire à plusieurs programmes, dont « Racines d’avenir » de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

La ferme en quatre temps

Quatre générations se sont succédé sur la terre de Saint-Nicolas acquise en 1899 par l’arrière-grand-père de Jean Lambert. La ferme d’abord réservée exclusivement aux besoins de la famille, a pris un vif tournant à l’arrivée de Lucien, le père de Jean. « Nous avions des vaches à lait et des cochons, mais il voulait faire bouger les choses. C’est lui qui a démarré l’élevage de volailles. Il a entrepris de faire de la vente de proximité et a vendu des dindes au marché Saint-Roch à Québec. C’était un intuitif et un visionnaire. Mon père a toujours aimé les petits élevages. On a gardé à peu près tout ce qui existe comme bibites à plumes : des cailles, des faisans, des cygnes… Dans les années 1960, il a augmenté sa production de poulets et aménagé au-dessus d’une grande étable à vaches deux étages de poulaillers. Il a aussi reconstruit un autre bâtiment détruit par le feu en 1962, en plus d’acquérir en 1970 un terrain et son poulailler à 5 km de la maison. Quand la mise en marché collective est arrivée quelques années plus tard et que les quotas ont été distribués en fonction des bâtisses et des pieds carrés, il a bénéficié de ses achats. »

Lorsque Jean, après quelques mois à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec – Campus de Saint-Hyacinthe, et son frère Normand, agronome pour les coopératives agricoles, viennent prêter main-forte à leur père à la fin des années 1970, le quota laitier a été vendu et un parc d’engraissement pour des bouvillons vient d’être construit. Bien que la famille Lambert ait acquis des quotas de dindons et de poulets, elle choisit de se départir des dindons et de concentrer tous ses efforts sur l’élevage de poulets de chair et celui de bouvillons.

L’exploitation va bon train jusqu’en 2009, une année marquée par le décès de Normand à 56 ans et la santé déclinante de Lucien. Jean Lambert se retrouve seul à gérer la ferme. « Nous avions déplacé la production de poulets dans le bâtiment à 5 km. Tout seul, ça me tentait moins de faire les allers-retours. J’ai pensé vendre mes quotas. »

Heureusement, le moratoire sur la vente de quotas de 2010 lui permet de réfléchir. « J’ai fait OK. Ça, c’est une petite claque en arrière de la tête qui vient me dire que je devrais garder cette production-là. » Il prend la décision de louer à un tiers jusqu’à ce que sa fille, Marie-Christine, très intéressée par l’entreprise, se joigne à lui à mi-temps.

En 2011, il vend l’ancien bâtiment situé à 5 km du site principal et repense sa ferme pour y inclure un nouveau poulailler. Bien que la construction soit assez récente et soigneusement équipée, certains éléments sont améliorés au cours des années, dont les plats des soigneurs remplacés par des modèles plus performants. Pas de doute pour cet éleveur, le bien-être des volailles et la rentabilité de ses productions sont des priorités. Pour les mêmes raisons, il opte pour la méthode « tout plein tout vide », qui assure un meilleur contrôle sanitaire de ses bâtiments et lui permet de répartir son temps équitablement entre bovins, poulets et pâturages. « Nous sommes très heureux de la décision que nous avons prise au sujet des quotas de poulets. C’est probablement la production la plus rentable en nombre d’heures travaillées et elle nous offre une belle stabilité.

Quand on regarde le bilan carbone, c’est aussi un élevage quand même assez performant et qui a peu d’impact sur notre bilan carbone comparativement à celui des bovins », soutient cet éleveur pour qui productivité, rentabilité et solutions climatiques doivent faire bon ménage.

Engagé et pragmatique

Son intérêt pour les changements climatiques et leur lien avec la production agricole et avicole a commencé tout doucement, convient M. Lambert. Une première implication

à l’UPA de sa région, Chaudière-Appalaches, a été suivie par un intérêt croissant pour la première phase du programme Agriclimat et les consultations entre producteurs, conseillers et intervenants sur les opportunités et les menaces de ce qu’on appelait en 2017 l’adaptation aux changements climatiques. « La phase 2 de ce programme voulait établir le bilan carbone des entreprises en calculant les postes d’émissions de GES », mentionne-t-il en ajoutant qu’il s’est immédiatement porté volontaire pour que son exploitation devienne une des fermes-pilotes. Il remarque dès lors que certaines des pratiques mises en place pour améliorer le rendement de sa ferme — comme la rotation fréquente du pâturage afin que les bovins aient accès à de jeunes pousses plus longtemps pour ainsi émettre moins de méthane — améliorent son bilan carbone. Son expérience personnelle lui fait aussi prendre conscience qu’afin que les producteurs s’intéressent aux changements climatiques et changent leurs façons de faire, il faut que les solutions proposées soient économiquement rentables ou, du moins, facilitent la vie des éleveurs. « Il faut cibler les actions qui seront les moins coûteuses et les plus bénéfiques pour les producteurs, sinon l’adhésion aux programmes sur les changements climatiques ne sera pas facile. »

Depuis 2023, Jean Lambert collabore au programme « Laboratoire vivant – Racines d’avenir » de l’UPA et aux recherches sur la gestion des fumiers liquides et l’incidence de leur température sur les émissions de protoxyde d’azote. « Certaines choses pourraient être faites, comme l’acidification des fosses », fait-il remarquer en mentionnant des expériences concluantes menées en laboratoire et en Ontario.

Bien qu’il reconnaisse que sa participation pendant cinq ans au programme « Racines d’avenir » lui impose une vigilance accrue, Jean Lambert est loin de trouver sa collaboration contraignante. « Nous sommes bien entourés de conseillers et de conseillères qui nous accompagnent et qui ne nous laissent pas seuls. » Cet éleveur peut même se permettre de participer en parallèle à « Bovins pour le climat » d’Agrisolutions climat sur les sursemis en pâturage. Il pourra ainsi connaître la concentration de semences ainsi que la technique qui offrent les meilleurs rendements.

Jean fait remarquer que de plus en plus de producteurs sont intéressés par le bilan carbone. « Il y a tant de petites choses que nous pouvons faire pas seulement pour aider la planète, mais pour nous aussi », ajoute-t-il en soulignant que, si un programme sur les changements climatiques existait en aviculture, il serait un des premiers à s’inscrire.

« À partir du moment où on prend conscience de ce que l’on fait de bien et de ce qu’on fait de moins bien, c’est plus facile d’emboîter le pas et d’agir. »

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