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Éleveur d’avril

Quand on lui demande ce qu’il aime le plus dans son métier d’agriculteur, Luc Leblanc répond : « La diversité ! » Et cette dernière ne manque pas à la Ferme du Dindon, située à Saint-Jude, en Montérégie, où l’élevage des volailles avoisine avec équilibre la coupe du bois.

Comme tant d’agriculteurs, Luc Leblanc maîtrise plusieurs métiers. Il est notamment éleveur de volailles, bûcheron et spécialiste en construction, et il lui arrive de faire de petits travaux de mécanique et d’électricité. Il a étudié en construction et en menuiserie ainsi qu’en agriculture. Et comme tant d’agriculteurs, il a aussi appris les rudiments de ces disciplines en travaillant dans l’entreprise agricole de ses parents. Cette dernière, la Ferme Rojoie, avait son site principal à Saint- Barnabé-Sud, à quelques kilomètres au sud de Saint-Jude. C’est dans cette belle région, où les champs alternent avec des lots boisés, qu’ont grandi Luc Leblanc et ses frères Dany et Joël.

Un transfert graduel bien partagé

Leurs parents Roger Leblanc et Jocelyne Viau avaient fondé la Ferme Rojoie en 1977 comme copropriétaires en parts égales. Cette ferme ne manquait pas de cette diversité propice à stimuler la débrouillardise et la polyvalence des enfants : on y élevait des poulets et des dindons, on y cultivait maïs-grain et maïs sucré, haricots secs, soya de semence, pois, haricots et citrouilles de conserverie, on y a planté des brisevent… Avec le temps, l’entreprise familiale s’est étendue sur trois sites. Aujourd’hui, le site de la Ferme Rojoie de Saint-Barnabé-Sud appartient à Joël et a gardé le même nom, explique Luc Leblanc. Leur grand frère Dany a repris un site localisé à Saint-Jude, en le baptisant Ferme Poulet Blanc. Pour sa part, Luc a pris la relève d’un second site à Saint-Jude, acquis par ses parents en 1994. « Cette année-là, j’avais 18 ans, se rappelle Luc. Mes parents m’ont attribué des parts et mon père m’a proposé, pour me seconder, de continuer à gérer la ferme pendant quelque temps. » Bien vite, les aptitudes en mécanique et en construction du nouvel aviculteur ont été mises à contribution. « Dès le départ, il a fallu isoler deux poulaillers pour pouvoir élever les dindons en toute saison », se souvient Luc. C’est en 2004, tout juste après la naissance de ses deux fils, Tommy et Natan, qu’il reçoit finalement la pleine gestion de cette entreprise devenue distincte, qui s’appellera Ferme du Dindon.

Une ferme à multiples volets

Maintenant père de famille et gestionnaire à temps plein, Luc n’en a pas moins construit en 2004 un nouveau garage. « L’année d’après, j’ai rénové la maison et, un an plus tard, j’ai bâti un entrepôt. » Il a ensuite restauré complètement deux poulaillers, des entrées d’air jusqu’au système de chauffage, en 2008 et 2009. Pendant tout ce temps, il apprend à maîtriser l’élevage du dindon, avec tous les soins attentionnés que cela exige, comme ses parents lui ont montré. Par ailleurs, il est embauché pour plusieurs contrats de construction et fonde même sa propre entreprise qu’il conservera près de cinq ans. « En 2015, j’ai décidé d’y mettre fin, pour me consacrer uniquement à ma ferme. À cause du manque de temps, j’avais négligé de bien entretenir et de réparer certains appareils et cela m’avait fait perdre beaucoup d’argent. » La Ferme du Dindon s’est diversifiée de manière importante au début des années 2010 : Luc y a ajouté un volet d’exploitation forestière. Depuis ce temps, avec ses employés et une équipe de bûcherons à forfait, il effectue de la coupe sélective dans ses boisés et à l’extérieur de sa propriété. « Nous nettoyons des érablières, par exemple, explique-t-il. Et il y a tous ces frênes attaqués par l’agrile… Avec tout l’ouvrage qu’elle nous permet de faire, la division forestière est vraiment un plus pour mon entreprise. » Petit à petit, le producteur s’est bien équipé : il possède aujourd’hui un camion et un tracteur forestiers ainsi qu’une bûcheuse (abatteuse multifonctionnelle). Grâce à ce volet sylvicole, ses bâtiments d’élevage se sont enrichis en 2012 d’un poulailler nouveau genre, doté d’un dispositif de chauffage à la biomasse et à l’air pulsé. Cette biomasse, Luc Leblanc l’a sous la main : les copeaux de bois issus des arbres abattus dans ses boisés et ceux de ses clients. Il fait venir tous les automnes une grande déchiqueteuse qui transforme les billots en une montagne de copeaux. « Le système de chauffage est complètement automatisé, dit l’éleveur : il suffit de verser les copeaux de bois dans une trémie. Le chauffage à la biomasse me fait économiser plus que la moitié des coûts par rapport au gaz propane. »

Des installations performantes

La Ferme du Dindon a fait son nid sur le côté est de la route de Michaudville, tout juste au nord de Saint-Jude. Les bâtiments s’alignent harmonieusement sur un terrain parsemé d’arbres. Ils comprennent huit poulaillers : un sur deux étages pour l’élevage des dindes de moins de 9,8 kilogrammes et les sept autres sur un seul étage abritant des dindons lourds de 17 à 18 kilos. L’exploitation avicole produit tous les ans un total d’environ 135 000 dindons, soit près de 1500 tonnes de viande. Des poulets sont élevés en rotation dans les mêmes bâtiments, dans le respect le plus strict des mesures de salubrité, pour un total annuel de plus de 130 000 têtes, soit plus de 280 000 kilogrammes de viande. Les locaux sont équipés de matériel dernier cri en ce qui concerne la ventilation, l’éclairage, le chauffage, l’eau d’abreuvement. Tous ces systèmes sont régulés par des consoles de commandes. En cas d’alerte, le producteur est averti sur son téléphone, sa tablette électronique ou son ordinateur et il peut apporter des réglages à distance à partir de ces appareils. Précisons que la Ferme du Dindon possède près de 160 arpents (55 hectares). On y cultive du maïs grain et sucré, et du haricot de conserverie. « C’est mon frère Joël qui se charge à forfait de cette production », explique Luc.

Une belle équipe en action

Il peut compter sur un personnel ultra-compétent. Marcel Sullivan, présent depuis 27 ans, soigne le troupeau avec beaucoup de savoir-faire et supervise la bonne marche des bâtiments d’élevage. Il commence ses journées par une tournée des poulaillers, où il vérifie la santé des oiseaux, ainsi que l’acidité et la teneur en chlore de l’eau d’abreuvement pour les corriger au besoin. M. Sullivan s’occupe d’autre part du déneigement le matin, pendant l’hiver. Quant à son collègue Billy Chicoine, il apporte ses compétences dans la division forestière de l’entreprise, veillant plus particulièrement, pendant la saison froide, au système de chauffage à la biomasse. M. Chicoine se joint également à l’équipe de nettoyage et de préparation des poulaillers entre les élevages. Durant les mois d’hiver, Luc Leblanc engage aussi des employés à forfait pour sa division sylvicole. Parmi ceux-ci, mentionnons Patrick Dubé qui effectue avec doigté l’abattage, l’ébranchage et le tronçonnage des arbres avec la bûcheuse multifonctionnelle.

« Tous les employés travaillent à la récolte du bois et à la production des copeaux pendant la saison hivernale, dit le producteur. Et ces temps-ci, nous devons commencer nos journées à 5 h 30 ou 6 h du matin, car il faut faire vite avant le dégel. » L’été venu, son équipe retournera davantage dans les ateliers et les poulaillers pour se consacrer alors à l’entretien, à la réparation de l’équipement (soudure, graissage, etc.) et à la maintenance des locaux d’élevage. Ils auront de l’aide l’an prochain avec l’arrivée de David Beauregard diplômé en mécanique agricole. Et du côté de la relève ? « Mon fils Natan suit un cours d’usinage. C’est une bonne idée, car cette compétence peut servir à fabriquer une foule d’appareils et mener à de nombreux débouchés. » Le jeune homme de 18 ans a déjà prouvé son habileté à accomplir des tâches variées et à assumer des responsabilités dans la ferme familiale. Il serait donc à la hauteur s’il décidait d’en reprendre les rênes un jour. Tommy, son aîné d’un an, a démontré lui aussi une grande polyvalence. Mais pour le moment, ce dernier explore plutôt ses choix de carrière. Dans tous les cas, Luc Leblanc ne veut pas imposer à ses fils la direction à suivre.

Des trouvailles et un bon tuyau

Nombre d’agriculteurs et d’agricultrices découvrent des petits trucs et des astuces qui leur simplifient la vie. Luc Leblanc ne fait pas exception ! Par exemple, il a ingénieusement adapté une pelle mécanique pour planter facilement et rapidement des piquets de « 2 par 4 ». Son innovation s’est avérée très pratique quand il a posé les coffrages de la dalle de béton d’un nouveau poulailler. L’aviculteur a aussi eu l’idée de faire passer dans des tuyaux en PVC le câblage électrique des sondes de température et d’humidité le long des câbles qui soulèvent et abaissent les lignes d’abreuvoirs et de mangeoires. « Tout est soulevé et protégé en même temps », dit M. Leblanc, qui constate que certains aviculteurs l’ont imité depuis… ou que d’autres auraient eu la même idée. Et pour protéger les fils électriques accessibles du bec puissant des dindons curieux, rien de mieux que des tuyaux neufs de circuit hydraulique, a-t-il remarqué ! Une autre de ses trouvailles, elle aussi adoptée par d’autres éleveurs : l’emploi d’un gros tuyau de 18 po (45 cm) de diamètre en plastique ondulé noir (du type servant à faire des ponceaux) pour pousser délicatement les dindes vers un lieu précis lors de l’attrapage. « C’est trop haut, les dindes ne peuvent l’enjamber, et ça ne les blesse pas », remarque Luc Leblanc.

Des embûches

La COVID-19 n’a pas épargné la Ferme du Dindon. « La pandémie nous a fait perdre 30 % de notre production, calcule M. Leblanc : les 15 % qui étaient vendus à l’exportation et les 7 % de la baisse de production imposée en deux fois par l’industrie. » Pour mieux absorber le coup, le producteur s’est lancé pendant quelque temps dans l’élevage du canard. Mais il n’a pas renouvelé l’expérience : « Ça demande vraiment un équipement et des bâtiments particuliers. »

Toujours des projets en tête

Entrepreneur dans l’âme, Luc Leblanc se donne constamment de nouveaux objectifs. Son plus récent projet mettra à profit ses talents en menuiserie : il fabriquera et commercialisera des moulures en bois. « Je n’aime pas la routine, d’autant plus que la routine peut nous cacher des problèmes. Je dois aller au bout d’un projet, et quand je finis par maîtriser une machine ou une production, j’adore aider les autres en les conseillant à ce sujet. »

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